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tales destinees a porter le plancher. La coupe, faite sur la ligne ab du
plan du rez-de-chaussee (fig. 8), montre la disposition des deux salles
inferieures percees de meurtrieres, de la salle D, chambree des hommes
de garde, et de l'otage superieur, poste du capitaine et defense princi-
pale. La corne E (voy. fig. 7), s'elevant d'aplomb sur la cour du chateau,
permettait de hisser les munitions au sommet des defenses, sans qu'il
füt necessaire de les monter a dos d'homme par l'escalier. Au moyen
d'un treuil pose en G et d'une poulie passant en E a travers le bout de
Fentrait de la ferme principale du comble, on elevait facilement des
poids assez considerables. Notre coupe (fig. 8) indique ce mecanisme si
simple. Le bourriquet hisse au niveau du plancher du hourd, on fermait
la trappe, on lachait sur le treuil, et les munitions etaient disposees le
long des hourds ou dans la salle superieure; car on remarquera que
cette salle est mise en communication avec le chemin de ronde des
hourds au moyen des creneaux.
Cette salle bien garnie de pierres et les hourds de sagettes et de car-
reaux, il etait possible de couvrir les assaillants de projectiles pendant
plusieurs heures. Les machicoulis de hourds, aussi saillants, etaient
habituellement doubles, Gest-a-dire qu'ils permettaient de laisser tom-
ber des pierres en l et en L. Les materiaux tombant en I ricochaient sur
le talus K, et prenaient les assaillants en echarpe (voyez MACHICOULIS).
La figure 9 explique d'une facon claire, pensons-nous, le mode de
montage des munitions. Le servant attend que le bourriquet soit hisse
au niveau du plancher, pour fermer la trappe et repartir les projectiles
ou besoin est. En A, est tracee la section horizontale des potelets dou-
bles des hourds au droit des angles, laissant entre eux la rainure
dans laquelle s'engagent les masques du chemin de ronde. Le plancher
de la salle superieure, etant a 'l metre 28 centimetres en contre-bas de
l'appui des creneaux, permettait d'approvisionner une (juantite consi-
derable de projectiles que les servants, postes dans cette salle, passaient,
au fur et a mesure du besoin, aux defenseurs des hourds, de maniere
a ne pas encombrer leur chemin de ronde. Pendant une attaque meme,
on pouvait hisser, a l'aide du treuil, de la chaux vive, de la poix houil-
lante, de la cendre qui aveuglait les assaillant? (voyez SIEGE). On obser-
vera que cette tour d'angle, comme toutes celles des defenses de la cite
de Carcassonne, interrompt la circulation sur le chemin de ronde des
courtines, et force ainsi les patrouilles de se faire reconnaitre a chaque
tour. D'ailleurs, detait dans les tours que logeaient les postes de defense,
1 Quant au plomb fondu, 51 l'huile bouillante, ce sont lä des moyens de defense un
peu trop dispendieux pour qu'on les puisse prendre au serieux. D'ailleurs le plomb
fondu, tombant de cette hauteur, serait arrive en bas en gouttes froides, ce qui n'aurait
pas site tries-redoutable. Ce n'etait que par exception qu'on avait recours ä ce moyen de
defensc. De simples cailloux du poids de 8 ä 10 kilogrammes, tombant d'une hauteur
de 20 metrcs, etaient les projectiles les plus dangereux pour des hommes armes et
pavoises.