Bauhaus-Universität Weimar

Titel:
[Charnier-Console]
Person:
Viollet-le-Duc, Eugène Emmanuel
Persistente ID:
urn:nbn:de:gbv:wim2-g-1111763
PURL:
https://digitalesammlungen.uni-weimar.de/viewer/resolver?urn=urn:nbn:de:gbv:wim2-g-1112629
[ CHATEAU j  53  
nus diminuer chaque jour; si, au contraire, il etait äpre au. gain, ce 
qui arrivait souvent, il tranchait les difticultes par la violence, ce qui 
lui etait facile, puisqu'il reunissait sous sa main le droit fiscal et les 
droits de justicier. Pour vivre et se maintenir dans une pareille situa- 
tion sociale, le seigneur etait amene a se defier de tout et de tous; 
a peine s'il pouvait compter sur le devouement de ceux quilui devaient 
le service militaire. Pour acquerir ce devouement, il lui fallait tolerer 
des abus sans nombre de ses vassaux nobles, qui lui pretaient le 
secours de leurs armes, les attirer et les entretenir pros de lui par 
Fappat d'un accroissement de biens, par l'espoir d'un empietement 
sur les terres de ses voisins. Il n'avait meme pas de valets a ses gages, 
car, de meme que ses revenus lui etaient payes en grande partie en 
nature, le service journalier de son chateau etait fait par des hommes 
de sa terre qui lui devaient, l'un le balayage, l'autre le curage des 
egouts, ceux-ci l'entretien de ses ecuries, ceux-la l'apport de son bois 
de chauffage, la cuisson de son pain, la coupe de son foin, Felagage (le 
ses haies, etc. Retire dans son donjon avec sa famille et quelques 
compagnons, la plupart ses parents moins riches que lui, il ne pouvait 
etre certain que ses hommes (larmes, dont le service etait temporaire, 
seduits par les promesses de quelque voisin, n'ouvriraient pas les 
portes de son chateau a une troupe ennemie. Cette etrange existence 
de la noblesse feodale justifie ce systeme de detiantze dont ses habita- 
tions ont conserve l'empreinte; et si aujourd" hui cette organisation 
sociale nous semble absurde et odieuse, il faut convenir cependant 
qu'elle etait faite pour developper la force morale des individus, 
aguerrir les populations, qu'elle etait peut-etre la seule voie qui ne 
conduisit pas de la barbarie a la corruption la plus honteuse, Soyons 
donc justes, ne jetons pas la pierre a ces demeures renversees par la 
haine populaire aussi bien que par la puissance monarchique; voyons-y 
au contraire le berceau de notre energie nationale, de ces instincts 
guerriers, de ce mepris du danger qui ont assure Findependance et la 
grandeur de notre pays. 
On concoit que cet etat social dut etre accepte par les Normands 
lorsqu'ils se fixerent sur le sol francais. Et, en effet, depuis Hollon, 
chaque seigneur normand s'etait präte aux. coutumes des populations 
au milieu desquelles il s'etait etabli; car, pour y vivre, il netait pas 
de son interet de depeupler son domaine. Il estacroire qu'il ne chan- 
gea rien aux tenures des fiefs dont Il jouit par droit de conquete, car 
des le commencement du XIP siecle nous voyons le seigneur normand, 
en temps de paiX, entoure d'un petit nombre de familiers, habitant 
la salle, le donjon fortifie; en temps de guerre, lorsqu'il craint une 
agression, appeler autour de lui les tenanciers nobles et meme les 
vavasseurs, lzdtesl et paysans. Alors la vaste enceinte fortifiee qui entou- 
1 Les vavasseurs et les hätes citaient des hommes libres r les premiers tenant des terres par 
droit häräditaire et palant une rente au seigneur; les seconds possädant un tänement peu im-
        

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