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ARCHITECTURE
des boulets, car ceux-ci avaient naturellement moins de prise sur les pare-
ments, lorsqu'ils ne les frappaient pas a angle droit. Avant l'invention
des bouches a feu, le talus n'existait qu'au pied des revetements, pour
eloigner un peu Fassaillant et le placer sous la projection oblique des
projectiles tombant des machicoulis des hourds, et l'on tenait au con-
traire a maintenir les parements verticaux pour rendre les escalades plus
difficiles.
A partir du moment ou les bastions accuserent une forme nouvelle, le
systeme de l'attaque comme celui de la defense changea eompletement.
Les approches durent etre savamment combinees, car les feux croises des
faces des bastions enfilaient les tranchees et prenaient les batteries de
siege en echarpe. On dut commencer les boyaux de tranchee a une grande
distance des places, etablir des premieres batteries eloignees pour detruire
les parapets des bastions dont les feux pouvaient bouleverser les travaux
des pionniers, puis arriver peu a peu a couvert jusqu'au revers du fosse
en se protegeant par des places d'armes pour garder les batteries et les
tranchees contre les sorties de nuit des assieges, et etablir 1a sa derniere
batterie pour faire la breche. Il va sans dire que, nieme avant Pepoque
oi1l'art de la fortification fut soumis a des formules rcgulieres, avant
les Errard de Bar-le-Duc, les Antoine Deville, les Pagan, les Vauban,
les ingenieurs avaient du abandonner les dernieres traditions du moyen
age. Mais, partant de cette regle que ce qui däfenrl doit ätre däfendze,
on niultipliait les obstacles, les commandements, les reduits a l'infini, et
l'on encombrait les defenses de tant de details, on cherchait si bien a les
isoler, qu'en cas de siege, la plupart devenaient inutiles, nuisibles memc,
et que des garnisons sachant toujours trouver une seconde defense apres
que la premiere etait (letruite, une troisieme apres la seconde, les defen-
daient mollement les unes apres les autres, se fiant toujours a la derniere
pour resister.
Machiavel, avec le sens pratique qui le caracterise, avait deja, de son
temps, prevu les dangers de ces complications dans la construction des
ouvrages de defense, car dans son T raitä de l'art de la guerre, livre VII, il
dit : Et ici je dois donner un avis : l" a ceux qui sont charges de
a defendre une ville, c'est de ne jamais elever de bastions detaches des
a murs; 20 a ceux qui construisent une forteresse, c'est de ne pas etablir
a dans son enceinte des fortifications qui servent de retraite aux troupes
a qui ont etc repoussees des premiers retranchements. Voici le motif de
a mon premier avis : c'est qu'il faut toujours eviter de debuter par un
a mauvais succes, car alors vous inspirez de la defiance pour toutes vos
u autres dispositions, et vous remplissez de crainte tous ceux qui ont
a embrasse votre parti. Vous ne pourrez vous garantir de ce malheur en
a etablissant des bastions hors des murailles. Gomme ils seront constam-
fr ment exposes a la fureur de l'artillerie, et qu'aujourd'hui de semblables
a fortifications ne peuvent longtemps se defendre, vous finirez par les
(i perdre, et vous aurez ainsi prepare la cause de votre ruine. Lorsque